sábado, 6 de junio de 2015

Guerre et destin: La guerre de Troie n'aura pas lieu

« Quand le destin, depuis des siècles, a surélevé deux peuples, quand il leur a ouvert le même avenir d’invention et d’omnipotence (…), l’univers sait bien qu’il n’entend pas préparer ainsi aux hommes deux chemins de couleur et d’épanouissement, mais se ménager son festival, le déchaînement de cette brutalité et de cette folie humaines qui seules rassurent les dieux. C’est de la petite politique, j’en conviens. Mais nous sommes chefs d’État, nous pouvons bien entre nous deux le dire : c’est couramment celle du Destin. »
La guerre de Troie n’aura pas lieu, acte II, scène 13.



En 1935, l’Europe subit encore les conséquences dévastatrices de la Première Guerre Mondiale. On continue à traîner les effets de la crise économique de 1929 et, en Espagne, une horrible guerre fratricide ravage le pays, tandis que l’on assiste à la montée des dictatures européennes. Tout ce contexte annonce l’avènement de la Seconde Guerre Mondiale et l’Europe, qui n’est encore pas guérie des séquelles de la première, se prépare pour une autre.
Le continent est brisé et les espoirs des hommes aussi. Jean Giraudoux, qui avait combattu à la bataille des Dardanelles pendant la Première Guerre Mondiale, met sa création littéraire au service du pacifisme et à la réflexion sur le cynisme des dirigeants et l’aspect absurde mais inévitable de la guerre. Giraudoux trouve dans la tradition classique, le prétexte pour mettre en question le rôle des hommes, des dieux et celui du destin lorsqu’il s’agit d’un conflit inévitable.
HECTOR
C’est une conversation d’ennemis que nous avons là?
ULYSSE
C’est un duo avant l’orchestre. C’est le duo des récitants avant la guerre. Parce que nous avons été crées sensés, justes et courtois, nous nous parlons, une heure avant la guerre, comme nous nous parlerons longtemps après, en anciens combattants. Nous nous réconcilions avant la lutte même, c’est toujours comme cela. Peut-être d’ailleurs avons-nous tort. Si l’un de nous doit un jour tuer l’autre et arracher pour reconnaître sa victime la visière de son casque, il vaudrait peut-être mieux qu’il ne lui donnât pas un visage de frère… mais l’univers le sait, nous allons nous battre. [2]

Le 22 novembre 1935, au Théâtre de l’Athénée et sous la direction de Louis Jouvet, La guerre de Troie n’aura pas lieu, pièce en deux actes,  verra le jour.


Hector, rentrant de la guerre en Troie, apprend que son frère Pâris a enlevé Hélène. Hector, avec l’aide de sa femme Andromaque et le reste du chœur des femmes, essaie de convaincre Hélène de rentrer et, de cette manière, éviter la guerre[3].  On assiste alors à un conseil de guerre où les pacifistes et les belliqueux s’affrontent. Après la cérémonie de la fermeture des portes de la guerre, Andromaque essaie, pour sa part, de convaincre Hélène de partir[4]. Le cortège grec arrive enfin et Hector et Ulysse se retrouvent en tête-à-tête. Les deux dirigeants discutent et doivent se rendre à la fatalité du destin[5]. Les portes de la guerre s’ouvrent sur Hélène. La guerre aura donc lieu.


Dans la tradition mythologique, on peut trouver trois échèles d’êtres qui interagissent : les dieux, les héros et les hommes. C’est justement sur ces derniers que Jean Giraudoux met l’accent. A l’intérieur de la catégorie des hommes,  on remarque aussi deux groupes, d’un côté, les bellicistes contre les pacifistes et, de l’autre, les hommes et les femmes. Dans la pièce de Giraudoux, chaque agent retrouve sa voix et sa portée.
En ce qui concerne les dieux, ils sont représentés pas Iris, la messagère qui, à sont tour, apparaît symbolisée comme la paix.[6] Cette scène devient comique, burlesque et ridicule, mettant en évidence l’absurde de l’avènement inévitable de la guerre.
Par rapport aux hommes, on trouve deux camps : Durant ceux qui veulent la paix regroupant Hector, Andromaque, Hécube, Cassandre, et Ulysse  et ceux qui veulent la guerre: Pâris, Priam, Démokos, le Géomètre, le Gabier et les vieillards. Il y a enfin Hélène, au centre de toutes les préoccupations et dont les volontés restent mystérieuses. A cet égard, il faut noter que toutes les femmes prennent part du côté pacifiste. Elles se montrent  matriarcales et garantes de la sagesse et de la raison.
L’auteur nous introduit en scène, on devient des témoins et on est obligés de remettre en question l’absurde des guerres, les conflits fratricides, le rôle des tyrans et l’incapacité de décider devant les intérêts de ceux-là… que l’on a fini par les nommer « le destin ».


La Perra


[2] GIRAUDOUX, J (1935): Acte II, scène 13
[3] GIRAUDOUX, J (1935) : Acte I, scène 7
[4] GIRAUDOUX, J (1935): Acte II, scène 8
[5] GIRAUDOUX, J (1935): Acte II, scène 13
[6] GIRAUDOUX, J (1935): Acte II, scène 10

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