viernes, 5 de septiembre de 2014

Victor Hugo: l'engagement et le Drame Romantique

La littérature est l’expression de la société, comme la parole est l’expression de l’homme[1]

1. Société et engagement.

La citation  de Louis de Bonald qui ouvre cette étude, résume en quelques mots le sens de la théorie et de la création littéraire de tous les temps. Les études littéraires, à n’importe quelle époque, sont toujours rattachées aux courants esthétiques et aux productions littéraires de son temps. Les origines des modernes études d’histoire et critique littéraire se situent au début du XIXème siècle et ils s’identifient avec l’avènement du mouvement romantique. Cette liaison n’est pas étrange, tenant compte que c’est, justement, à cette époque où la conscience historique commence à se développer, ce qui permettra la naissance des sciences humaines actuelles, telles que la linguistique, l’ethnographie ou l’histoire.
Déjà, au début du XIXème siècle, Mme. De Staël a démontré dans son œuvre De la littérature  que la littérature est intimement liée aux aspects de la vie collective de l’homme. De cette façon, se dégage l’idée que chaque époque possède une forme littéraire qui lui est propre et qui est en rapport avec les lois, la religion et les mœurs. Elle prône ainsi la nécessité d’étudier les faits littéraires à la lumière de leurs rapports avec d’autres phénomènes de la civilisation et la culture de chaque période historique ; c’est la seule façon de comprendre, de théoriser et de juger les expériences et les différentes formes artistiques.  Dans la perspective romantique donc, chaque histoire particulière ne constitue plus un fait indépendant et isolé, mais elle doit participer, au contraire, des autres histoires vers la connaissance complète de l’activité humaine dans un espace et un temps déterminés. Alors, la critique romantique a intégré l’étude de la littérature dans l’étude de la civilisation générale, en reliant les auteurs et leurs œuvres aux grands mouvements spirituels et culturels de leur époque, aux événements politiques de leur temps et à l’époque où ils évoluent.
Le Romantisme français ouvre la voie à un ample éventail de thèmes susceptibles d’être abordés. Les possibilités de réflexion et d’analyse sont presque infinies. Pourtant, pendant mon parcours personnel, j’ai développé une spéciale prédilection ou encore, une forte sensibilité par rapport à la figure de Victor Hugo, ce que l’auteur représente dans le contexte social et artistique de son époque, ainsi comme la portée, sans précédents, de son œuvre théorique, spécifiquement, l’engagement dans le domaine social et celui de la création artistique à travers ses préfaces.

2. Antécédents immédiats: Le XVIIIème siècle et  les origines du Romantisme.
En dépit de la Renaissance, le XVIIIème siècle c’est l’époque de l’avènement d’un courant de pensée qui donne une place capitale aux idées politiques, sociales et religieuses. Le XVIIIème siècle signifie la réaction de l’esprit humain contre tout ce qui comporte la tradition. C’est donc le moment de créer un nouvel état fondé sur la raison. L’Illustration c’est un mouvement idéologique et culturel qui découvre en fait  son germe à la fin du XVIIème siècle, mais qui trouvera tout son essor  pendant le siècle suivant. Sa finalité fondamentale a été la diffusion du rationalisme -la foi en la raison humaine en tant que base de toute connaissance- ainsi comme la divulgation du progrès et des grandes découvertes scientifiques, basées dans l’observation directe de la nature et de la méthode expérimentale.
La psychologie de l’homme romantique est définie par son esprit individualiste et l’exaltation de sa personnalité. Cet individualisme donne lieu à la recherche de la liberté absolue qui se reflète dans toutes les manifestations artistiques de l’époque.  La morale romantique installe donc la passion et l’instinct comme les seules lois de vie ; la nature libre et l’élan spontané régissent alors la conduite humaine. L’homme a perdu la sérénité de son esprit et il s’abandonne aux émotions les plus violentes comme c’est le cas de l’enthousiasme, la mélancolie ou la désolation. Cette perte caractéristique de confiance en la raison fait de la vie un problème constant et irrésoluble. L’homme est la victime d’un destin sans justification logique et il doit faire appel aux forces surnaturelles qui échappent à toute connaissance rationnelle. La réalité ne répond pas à ses illusions et il débarque dans un désenchantement profond ou même dans le désespoir. Le monde n’offre pas aucun intérêt, alors il essaye d’échapper et de fuir à travers son imagination qui se charge de créer des nouveaux mondes où la pensée romantique s’installe.
Quant à la production littéraire, la technique romantique est fortement déterminée par l’individualisme dont on a parlé plus haut et qui a comme conséquence la considération des règles comme des obstacles pour la création artistique : les règles font de l’art un pur mécanisme sans personnalité ni âme. L’art se dirige maintenant vers l’expression du particulier, de l’individuel et de l’irrégulier, de tout ce qui, enfin, s’échappe de la norme traditionnelle. Le romantisme souligne donc la spécificité, le pittoresque, l’unique et l’exceptionnel.
L’expression littéraire tente d’être le reflet de la personnalité de l’auteur. Selon la psychologie de l’époque, le style est très dynamique et parfois, même violent. Le sens de la perfection disparaît et on laisse libre cours à l’expression intense, inégale ou confuse, mais énormément émotive. L’objectif c’est donc d’émouvoir, parfois à travers la couleur et d’autres fois par la musicalité, la sonorité ou encore le rythme, mais surtout, grâce à l’expression des sentiments. Le contraste sera l’un des procédés les plus choisis, un contraste toujours en quête de l’expression profonde du « moi ».
Pour synthétiser, on dirait que le mouvement romantique est caractérisé par l’expression émotionnelle d’une intimité en conflit avec les éléments extérieurs, la réalité et le destin. Il s’agit d’un courant fortement idéaliste, individualiste et subjectif, où la réalité se perçoit à travers les sensations les plus intimes, les émotions et les sentiments. Le romantisme s’attache donc à la contradiction inhérente de l’individu qui entretient une lutte constante entre son « moi » et la réalité, un individu qui prône le dépassement de limites rationnelles, spatiales et temporelles, qui défend l’introspection, la rêverie et l’imagination et qui lutte contre le conservatisme linguistique et esthétique. À cet égard, La préface de Cromwell devient une œuvre symptomatique des théories romantiques, un vrai manifeste du mouvement que l’on aura l’occasion d’analyser par la suite.
Chronologiquement et même si les limites du mouvement restent floues, on est convenu de distinguer trois étapes. Outre l’élan préromantique qui trouve ses sources dans le siècle dernier, il y a trois étapes de développement du mouvement : la première arrive jusqu’au 1930, coïncide avec la théorisation et la constitution formelle du courant et elle est représentée par les figures de Rousseau, Mme. De Staël et Chateaubriand. La deuxième  termine vers 1936, correspond au triomphe absolu des préceptes romantiques, à la prolifération des œuvres les plus représentatives et on la place à partir de la parution de Hernani et sa bataille. La troisième phase enfin se situe vers la moitié du siècle et répond aux polémiques doctrinales et à l’apparition de formes esthétiques qui commencent à s’écarter des théories romantiques. C’est l’époque de Nerval et Baudelaire, le temps s’interroger sur l’identité et d’une nouvelle direction de la production littéraire.  Même s’il s’agit d’un courant d’une importante durée qui, en fait à cause de cette circonstance prend des directions divergentes avec des représentants d’une indéniable renommée, il faut remarquer le rôle des auteurs qui, comme c’est le cas de Victor Hugo, prolongent son activité créatrice tout au long du mouvement, ayant une carrière presque aussi longue que sa propre vie

3.  Victor Hugo, le génie du romantisme : quelques repères


La figure de Victor Hugo, dans le panorama littéraire, saisit essentiellement et parmi d’autres, par deux circonstances. D’un côté, l’œuvre de cet auteur est presque aussi longue que sa vie et elle embrasse tous les genres littéraires. De l’autre, Hugo est considéré comme le père du Romantisme par son engagement envers le mouvement,  sa défense et sa théorisation.
Se voulant d’abord poète d’inspiration essentiellement romantique, Hugo revendique la liberté des thèmes et des formes. Il est sensible à la nature, au temps, mais aussi aux sujets d’ordre politique, comme c’est le cas de la patrie, la liberté ou encore la société. Il faut remarquer que toute son œuvre se verra marquée par son engagement dans la lutte sociale. Cependant, il est convenable de repérer les deux aspects les plus intéressants de sa poétique : les contrastes  et la création du drame romantique.
Considéré comme le théoricien et l’initiateur du drame romantique, Hugo élabore un théâtre où se retrouvent largement les caractéristiques de son œuvre romanesque et poétique, comme c’est le cas du goût pour les contrastes dans le mélange de genres ou dans la double identité du héros, le lyrisme dans la peinture de l’amour, etc. Pour justifier le principe du « mélange des genres » dont on parlera plus tard, il faut souligner que les contrastes et les combats caractérisent l’univers hugolien, qui se trouve d’ailleurs dominé par le jeu constant des antithèses. Ces contrastes sont liés à l’idée que tout élément procède d’une lutte dualiste entre le bien et le mal, de cette façon, à l’ombre s’oppose la lumière, à la générosité le vice. Les batailles entre deux êtres, entre deux concepts ou entre deux principes sont fréquentes dans l’œuvre de Hugo. Ces conflits peuvent, comme c’est le cas de sa poétique, entraîner le progrès, l’évolution. C’est justement cette conception dualiste de la réalité qui marquera la littérature hugolienne, notamment la rencontre entre le grotesque et le sublime et le mélange des genres qui fondent, comme on va voir, le principe du drame romantique.
De cette façon les deux électricités opposées de la comédie et de la tragédie se rencontrent et l’étincelle qui en jaillit, c’est le drame[2].

 4. Victor  Hugo, le père du Drame Romantique

La configuration du drame romantique en tant que genre indépendant se situe dans le premier quart du XIXème siècle et il suppose la rupture radicale avec les formes théâtrales précédentes. L’avènement de cette forme dramatique a lieu au milieu d’un contexte social et artistique susceptible d’être contesté à cause des tensions politiques et d’ordre social.
Le drame romantique prône le dépassement des normes et des règles du théâtre classique, fondées sur les bienséances, la vraisemblance et les règles d’unité de temps et de lieu, considérées comme des entraves à la création littéraire. Le but c’est de peindre l’homme et son monde en toute leur complexité et leur totalité pour rendre compte de leurs contradictions. Cette volonté d’exprimer la totalité donne lieu au mélange des genres, des tons ou encore des registres de langue.  Il s’agit enfin d’un genre proprement romantique par la mise en œuvre de la sensibilité accordée à une époque instable et par la réflexion sur la politique.
Stendhal, dans son ouvrage Racine et Shakespeare prône déjà la nécessité de dépeindre dans le théâtre des événements « qui ont succédé sous nos yeux »[3], c’est-à dire le besoin d’offrir au public des sujets reconnaissables et proches à leur réalité. Cependant, pour trouver les vraies racines du drame romantique, il faut aller chercher aux Préfaces de Victor Hugo. Il s’agit des vrais manifestes où la théorisation de ce genre ce rend perceptible.
Pour synthétiser et avant de les analyser séparément, il est convenable de repérer, sous forme de schéma,  les points les plus intéressants et remarquables des trois œuvres qui font l’objet de ce travail :
1.     La Préface de Cromwell (1927) : constitue la théorisation du drame romantique en tant que genre indépendant. Il prône la suppression des unités de lieu et de temps et propose le mélange des genres.
2.     La Préface d’Hernani (1833) : suppose la détermination du public et la revendication de l’engagement de l’écrivain  à leur côté.
3.     La Préface de Ruy Blas (1838) : signifie la défense du mélange des genres, de la tolérance et de la liberté.

 5. Analyse des œuvres théoriques 



Dans ce moment de mêlée et de tourmente littéraire, qui faut-il plaindre, ceux qui meurent ou ceux qui combattent ?[4]


Comme j’ai déjà eu l’opportunité de remarquer[5], la préface, du point de vue strictement technique, appartient à ce que l’on connaît comme le « paratexte » de l’œuvre et elle a comme objectif d’en développer ou encore d’en justifier des aspects concernant le fond ou la forme. À cette époque, et notamment chez Victor Hugo, les préfaces saisissent par leur longueur et par leur engagement du côté des revendications, justifications et argumentations. Les préfaces de Hugo constituent des vrais manifestes avec un caractère critique, polémique et extraordinairement novateur. 
Comme l’on a déjà souligné à plusieurs reprises, Victor Hugo peut être considéré comme le père du romantisme et comme l’initiateur du drame romantique, mais aussi c’est le révélateur de la théorie littéraire qui changera son siècle, c’est le déclencheur de la bataille la plus polémique et qui a bouleversé le panorama littéraire de son temps.
La poétique hugolienne  se fonde sur la liberté qui s’exprime par le refus des normes et des règles classiques.


5.1.          Le drame romantique : La Préface de Cromwell
Parmi les trois œuvres qui dont l’objet de cette analyse, la Préface de Cromwell contient le corpus théorique le plus abondant et remarquable. D’abord, il ne faut pas négliger que la date de parution de cet ouvrage coïncide avec le commencement de l’axiomatisation, de la part de l’auteur, autour de ce qui deviendra le drame romantique.
Dans cette préface, Hugo formalise sa « théorie du drame ». L’auteur fait appel à la dualité intrinsèque de l’homme et de la nature, leurs contrastes inhérents et leurs contradictions. La poésie doit répondre donc à cette circonstance ; elle doit être le reflet de la totalité de cette complexité. En plus, et pour renforcer ce principe, il faudrait unifier le grotesque et le sublime, associer les tons et les genres, toujours en quête d’une représentation de la réalité, les êtres et les choses totale et complète.
Du jour où le christianisme a dit à l’homme : « Tu es double, (…) » ; de ce jour le drame a été crée. (…) La poésie née du christianisme, la poésie de notre temps est donc le drame ; le caractère du drame est le réel ; le réel résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le sublime et le grotesque, qui se croisent dans le drame, comme ils se croisent dans la vie et dans la création[6]. (…) On voit combien l’arbitraire distinction des genres croule vite devant la raison et le goût.[7]

En tout cas, ce qui constitue l’aspect le plus remarquable, celui qui parsème tout le texte, c’est le concept de liberté créatrice. Après avoir défendu le dépassement des règles d’unité de temps et de lieu, l’abolition de toute norme réductrice de la création artistique, l’exaltation d’une langue française riche, dynamique et vivante, Hugo prône le renouvellement des dogmes littéraires, l’autonomie dans la production littéraire et, avant tout, la liberté.

5.2.           Le rôle du public : La Préface de Ruy Blas
Dans ce cas, l’auteur commence son récit par identifier le public qui, d’après lui, est composé  de trois types ou « espèces ».
D’abord, il y a le groupe des femmes, caractérisé par la passion, la recherche des émotions el le goût pour le plaisir du cœur. Elles cherchent à être émues et l’écrivain doit en répondre par la tragédie qui est l’analyse de la passion.
Ensuite, l’auteur définie l’espèce des penseurs, qui cherchent le plaisir de l’esprit et à être enseignés. Ce groupe se reconnaît dans les méditations et il se verra satisfait par la comédie, chargée de dépeindre l’humanité.
Finalement, on trouve la foule, le peuple, qui cherche des émotions, de l’action et le plaisir d’être amusé. D’après l’auteur, le mélodrame correspond à ce type d’espèce.
D’après cette axiomatisation se dégage la pertinence du mélange des genres. Selon Victor Hugo, le public c’est un ensemble hétérogène qui a des motivations aussi divergentes devant une pièce de théâtre quelconque. C’est justement la complexité du public prise dans sa réunion ce qui donnera lieu à l’opportunité de dépeindre la totalité dans le drame. L’auteur doit donc savoir répondre aux besoins et aux attentes de son public, il doit être capable d’offrir tout ce qu’il réclame.
De cette évidence se déduit la loi du drame. (…) créer et faire vivre, dans les conditions combinées de l’art et de la nature, des caractères, c’est-à-dire, et nous le répétons, des hommes ; dans ces hommes, dans ces caractères, jeter des passions qui développent ceux-ci et modifient ceux-là, (…) faire sortir de la vie humaine, c’est-à-dire des événements grands, petits, douloureux, comiques, terribles, qui contiennent pour le cœur ce plaisir qu’on appelle l’intérêt, et pour l’esprit cette leçon qu’on appelle la morale : tel est le but du drame.[8]

5.3.          Tolérance et Liberté : La Préface d’Hernani
Dans ce moment de mêlée et de tourmente littéraire, qui faut-il plaindre, ceux qui meurent ou ceux qui combattent ?[9]

Cette citation qui ouvre la préface constitue une vraie déclaration d’intentions en même temps que souligne le caractère et le tempérament de Victor Hugo. Même s’il s’agit du jeune poète Charles Dovalle tué en duel,  cette formule  arrive dans un moment décisif et ouvre la voie de ce qui sera la bataille esthétique et littéraire qui n’a jamais connu le siècle.
On a déjà repéré, à l’occasion de la division chronologique du mouvement romantique, que la publication et la subséquente  révolution qui entraîne cette pièce ouvre la deuxième phase du courant, celle qui sera dominée par les tensions, les provocations et les revendications les plus profondes et engagées. Grâce à Hernani, Hugo se couronne en tant que père du romantisme et comme écrivain à énorme succès. Sa préface constitue le manifeste des modernes et tout un chant à la liberté créatrice et à la tolérance. La Préface d’Hernani suppose déjà le bouleversement de la théorie littéraire de l’époque et le texte est retouché par la censure  avant même sa représentation. La première de la pièce, le 25 février 1830, donne lieu à la fameuse bataille où s’affrontent les modernes, menés par Théophile Gautier, et l’opposition classique.
Outre la Préface de Cromwell, considéré comme le manifeste du drame romantique, la Préface d’Hernani présente, elle aussi, plusieurs caractéristiques du genre, comme c’est le cas de l’abandon des unités de temps et de lieu. Pour cette trame, l’action dure plusieurs mois et on se déplace beaucoup dans l’espace. Quant à l’action, elle est éclatée entre une intrigue sentimentale et une intrigue politique. D’autre part, Hugo se réclame du goût romantique pour « la couleur locale ». le personnage d’Hernani constitue l’idéal romantique : solitaire et fragilisé par son sens exacerbé de l’honneur, il est déterminé par la fatalité et le destin  qui le mène à la mort, après avoir vécu un amour sublime et impossible. De même, on y trouve le mélange des genres et des tons.
Victor Hugo commence par définir le système politique idéal, à savoir le libéralisme. D’après lui, et vu que la littérature doit être le reflet et le produit direct de la société, la liberté politique et la liberté en littérature vont de pair ; la deuxième constitue le résultat naturel et logique de la première. De cette manière, il faut chercher et lutter pour la liberté de la société et, donc, pour la liberté dans l’art. Cette lutte en quête de la liberté et de la vérité constitue toute une révolution.
En révolution, tout mouvement fait avancer. La vérité et la liberté ont cela d’excellent que tout ce qu’on fait pour elles et tout ce qu’on contre elle les sert également. Or, après tant de grandes choses que nos pères ont faites, et nous avons vues, nous voilà sortis de la vieille forme sociale ; comment ne sortirions-nous pas de la vieille forme poétique ? À peuple nouveau, art nouveau. [10]
Finalement, l’auteur fait appel, encore une fois,  au rôle et à la portée du public dans la direction que la nouvelle littérature doit prendre. Le public doit ressentir que la société dans laquelle il évolue est, d’une part dominée par cette liberté et, d’autre part fidèle à la réalité. A travers du libéralisme littéraire, le public arrivera au libéralisme social ; la pièce devient alors l’instrument de persuasion, de connaissance et de diffusion des idées romantiques.
Et cette liberté, le public la veut telle qu’elle doit être, se conciliant avec l’ordre, dans l’État, avec l’art, dans la littérature. (…) le public est toujours aussi, lui, consciencieux et libre. [11]

Après la bataille d’Hernani, la pièce obtient un énorme succès et son auteur est consacré définitivement comme le chef de file du mouvement romantique. C’est la victoire de la vérité, la nouveauté et la liberté. 

Conclusions
Pour récapituler en quelque lignes tout ce que l’on vient d’exprimer, il est convenable de reprendre les idées principales que l’on a formulé en tant que résumé définitif.
D’abord, tenons compte que l’œuvre théorique de Victor Hugo se développe dans un contexte historique et social fortement bouleversé où se mêlent des revendications politiques et des  réclamations littéraires et artistiques, mettant en évidence que, reprenant l’idée principale qui ouvre ce travail, société et littérature sont intimement liées.
Ensuite, rappelons que l’auteur se réclame des influences stylistiques ainsi comme de la société dans laquelle il vit pour en faire son matériel de création littéraire et pour développer sa production dans l’étape du romantisme la plus féconde et riche.
Mettons l’accent finalement sur le fait que Victor Hugo a mérité d’être considéré le précurseur du drame romantique et d’avoir énoncé les théories les plus révolutionnaires et novatrices, du point de vue littéraire mais aussi social, de tout son siècle. 


La portée d’un tempérament comme celui de Victor Hugo se répand, non seulement tout au long de son époque, mais aussi dans le panorama littéraire de tous les temps.

La Perra






[1] L. de BONALD, Législation primitive, 1802.
[2] HUGO. V., Ruy Blas, Paris, Hatier, 2012. Page 9.
[3]  STHENDHAL, Racine et Shakespeare: études sur le romantisme, Paris, L’Harmattan. Page 182.
[4] HUGO. V., Préface d’Hernani, Paris, Pocket, 2002. Page 25.
[5] Voir note 3.
[6] HUGO 1827: 39.
[7] HUGO 1827 : 44.
[8] HUGO 1838: 8.
[9] HUGO 1830: 25.
[10] HUGO 1830: 26-27.
[11] HUGO 1830: 27, 28, 29.

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