viernes, 30 de agosto de 2013

Le chant à la femme libre



          Elle est la femme de demain, ou mieux, osons le dire: elle est la femme d'aujoud'hui. L'égale. Celle vers qui tend tout ce livre, celle en qui le problème social de la femme est résolu et dépassé.

  C’est au cours de ses voyages en URSS au début des années 30 qu’Aragon découvre une littérature mise au service de la révolution prolétarienne. Du point de vue de son engagement politique, il trouvera le prolongement de cette inspiration dans l’action politique menée pendant la Guerre Civil Espagnole, puis dans la Seconde Guerre mondiale.  En ce qui concerne son engament littéraire, il exposera son idéologie dans son manifeste Pour un réalisme socialiste (1935) et en appliquera les principes au cycle romanesque qu’il intitule Le Monde réel et qu’il inaugure avec Les Cloches de Bâle.
            Son engagement politique et idéologique, la prise de conscience et la remise en cause des valeurs, fondements et principes sociales et littéraires donnent lieu à une nouvelle vague créatrice fondée sur le « réalisme socialiste ». D’après ce courant, l’Histoire comprend un sens, une signification et une direction qui devra aboutir dans le socialisme mondial. Autrement dit, cette littérature sera porteuse des valeurs de la culture ouvrière et aura, en même temps, un rôle fortement politique et idéologique.
             A partir de 1934, Aragon aborde donc  la rédaction du cycle romanesque Le Monde réel. Il s’agit d’une série de cinq romans, un imposant bâtiment sociologique qui racontera le devenir d’un très ample réseau de personnages ressortissants des différentes classes sociales de la fin du XIXème siècle à la première moitié du XXème siècle.
            Pour inaugurer cette ouvrage, l’auteur choisit la figure de trois femmes qui mèneront l’argument romanesque jusqu’à la célébration du Premier Congrès Socialiste International, tenu à Bâle en 1912.  
            Aragon met alors sa littérature au service de la révolution sociale et socialiste, en faveur des droits de la femme moderne, de son émancipation et de son rôle dans la société. Il se fait écho des bouleversements sociaux qui ont lieu dans la France du début du XXème siècle, il est témoin des revendications de la classe prolétarienne, des grèves, des luttes anarchistes,  du le temps de l’évolution et de la lutte sociale. C’est le temps de la femme qui lutte pour trouver sa voix dans la société, c’est le temps de la femme libre et émancipée…. C’est le temps de chanter à la femme. 



             Pour développer son fil argumentatif, Aragon met au centre de son œuvre à trois femmes, issues des trois classes sociales différentes, avec une idéologie et un mode de vie bien distincte entre elles, menant des vies aussi dissemblables. Alors, chaque partie du roman a une figure féminine protagoniste. Chaque femme développe son rôle avec un riche et complexe contexte historique et sociologique comme toile de fond.
          L’œuvre d’Aragon et, concrètement la deuxième partie, consacrée à la figure de Catherine, constitue tout un manifeste révolutionnaire où les principes anarchistes et socialistes se présentent tout au long de l’histoire, suivant l’ordre chronologique de la narration et du rôle des personnages. Il faut aussi mentionner l’inclusion de personnages réels qui conceptualisent la trame et lui donnent une allure de véracité historique indéniable. C’est le cas de l’anarchiste Albert Libertad,  de la communiste et féministe Alexandra Kollontaï, de Pierre et Laura Lafargue,  de Lénine, Pablo Iglesias, Jaurès et tant d’autres. 



         Clara Zetkin prend la parole, au nom de toutes les femmes, au Congrès Socialiste International de Bâle en 1912.
          Du point de vue de l’évolution du mouvement féministe, les courants anarchiste et socialiste en ont joué un rôle indéniable et leurs théoriciens les plus remarquables ont dédié une grande partie de son ouvrage à théoriser sur le rôle de la femme, ses droits et son émancipation.
          La lutte féministe, une entreprise difficile longue et riche, trouve ses racines au XVIIIème siècle et elle continue jusqu’à nos jours. Depuis cette date, nous avons hérité le nom et la pensée des femmes emblématiques qui rendent compte de la prise de conscience des inégalités entre les sexes,  des différences socialement construites et acceptées, ainsi comme de la volonté de l’émancipation et de l’aspiration à l’égalité sociale, morale, et politique. C’est le cas d’Olympie de Gouges, de Flora Tristan, de Jeanne Deroin, d’Emma Goldman, Nelly Roussel ou encore de l’organisation espagnole Mujeres libres, crée en 1936 pour lutter contre l’oppression des femmes, leur exploitation économique et leur ignorance maintenue par le capitalisme, la religion et le machisme.  Et, évidemment, c’est aussi le cas de notre femme-phare Clara Zetkin, présentée dans ce roman comme la femme de demain, autrement dit, comme l’incarnation de l’espoir et de l’optimisme des toutes les femmes, combatives, travailleuses, mères, sœurs, filles, compagnes, rassemblées pour un même sentiment… celui qui libérera la femme.



 La Perra

Les Cloches de Bâle, Louis Aragon. Éditions Gallimard, 1934


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