domingo, 8 de enero de 2012

Les champs magnétiques

A veces creo que no soñé, C.IBARRA

Étant donné que le Surréalisme est fondé sur l’inconscient, le rêve, le libre cours de la pensée, l’association libre d’idées, la liberté elle-même… il ne peut pas exister deux représentations artistiques semblables, de la même façon qu’il n’y a pas deux esprits identiques : voilà l’ampleur surréaliste, voilà la grandeur de Les champs magnétiques.
Et voilà, paradoxalement, l’extrême grandeur de cette ouvre, dans le moment où, justement, deux âmes rattachées par le même sentiment  se mettent d’accord pour créer.
Du point de vue littéraire, c’est-à-dire de la création littéraire ou du concept de la production écrite que l’on a hérité, l’élaboration de Les champs magnétiques suppose un vrai changement et un bouleversement radical et même violent par rapport à la manière d’affronter l’exercice de l’écriture. Il s’agit alors de mettre en rapport deux pensées différentes, deux esprits distincts face à une même entreprise. Tenons compte aussi du caractère, particulièrement singulier de cette tâche.
D’après André Breton dans le Dictionnaire abrégé du Surréalisme, « l’écriture automatique  et les récits de rêves présentent l’avantage de fournir des éléments d’appréciation de grand style à une critique désemparée, de permettre un reclassement général des valeurs lyriques et de proposer une clé capable d’ouvrir indéfiniment cette boîte à multiple fond qui s’appelle l’homme »[1]
L’écriture automatique met au service de la production littéraire des possibilités créatrices sans précédentes et avec des alternatives infiniment riches, comme la pensée humaine. Cette technique a donné lieu à des nouveaux champs sémantiques et à des nouveaux procédés expressifs. Le Surréalisme peut être caractérisé par la valeur donné à l’irrationnel et à l’hasard en tant qu’éléments fondateurs de l’art, cependant il faut dire  que, la primauté accordée à l’inconscient n’implique pas la déconsidération des facultés conscientes, mais simplement la disparition de son hégémonie. 


André BRETON et Philippe SOUPAULT par Man RAY, 1925
Quand j’ai abordé la lecture de cette œuvre, la première impression qui m’est venue à l’esprit c’est celle de désordre, de ne rien comprendre même. Personnellement, la lecture de cet ouvrage a supposé pour moi un extraordinaire exercice de compréhension et d’abstraction. L’œuvre a demandé énormément mon attention et elle a même exigé à ma pensée de réfléchir, de relire plusieurs fois, même d’oublier et de réapprendre.
Ma lecture de Les champs magnétiques peut être très bien comparée à un trajet à travers un labyrinthe où il n’existe une sortie unique, mais plusieurs alternatives,  différentes les unes des autres, enrichissantes et fructueuses les unes que les autres et chaque une plus intéressante que la précédente.
J’ai l’intention alors d’exposer les doutes que l’œuvre a réveillé en moi d’un côté, et essayer de les justifier ensuite.
D’abord, et par rapport à ce premier sentiment de doute, de trouble, d’incertitude, même de perte au milieu de l’œuvre, j’aimerais faire appel à deux concepts assez convenables à cet égard.
Les linguistes et les critiques du XXème siècle ont défini l’œuvre littéraire par ce qui lui est réellement spécifique, le travail sur le langage d’abord et la relation qu’elle entretient avec le lecteur ensuite (Jauss). C’est du côté de la réception que l’on a cherché les critères de qualité d’une œuvre quelconque. La littérarité d’une œuvre vient définie par  ses innovations formelles qui contraignent le lecteur à remettre en cause les conventions esthétiques auxquelles son époque l’a habitué ; autrement dit : « l’écart esthétique » et « l’horizon d’attente », relativement.  Alors, j’arrive à la conclusion suivante : cette œuvre m’a tellement frappé  et troublé puisque son « écart esthétique » est énorme par rapport à mon « horizon d’attente », c’est-à-dire tenant compte de mon expérience et de ma relation avec la littérature, de mes études, connaissances, présupposés (même préjugés) et concepts ou idées, je ne m’attendais pas un ouvrage de telle envergure, richesse, complexité et difficulté.
En deuxième lieu, je suis arrivée à comprendre et assimiler ce que l’écriture automatique entraîne, signifie et poursuit. Cependant et, vu qu’il s’agit d’une œuvre conjointe à deux voix (à deux âmes), j’ai rencontré des vrais problèmes à identifier le caractère des auteurs séparément, à les entendre chacun de son côté, pour arriver à une complète compréhension du texte dans son ensemble ensuite. J’estime à ce propos que, même si la théorie conseille de laisser libre cours à la pensée, de tout oublier, de se mettre dans un état de complète « inattention » jusqu’à ce que les idées viennent, il faut être capable d’y arriver ; il est nécessaire d’avoir une certaine prédisposition, une véritable sensibilité et une forte aptitude. Voilà pourquoi personne n’est arrivé à obtenir une pièce avec tels résultats. Je conclus cette idée en disant qu’une œuvre d’une portée semblable, ne peut naître qu’à cette époque et de la main de Breton et Soupault : une seule et unique fois dans la vie.
En troisième lieu, une fois la théorie lue, étudiée et comprise, j’avoue que je m’attendais quelque chose de décousue, désordonné et même absurde. Je me sens satisfaite de dire que je m’étais trompée et que j’ai eu la possibilité de découvrir un texte riche, sage et, avant tout, beau et « merveilleux ». La syntaxe, le lexique et le ton sont d’une énorme richesse et d’une justesse étonnante. J’ai été capable d’avoir à l’esprit l’image d’un champ magnétique, celle d’une explosion d’énergie et de lumière, avec des petites étincelles sous forme de petites phrases, de belles métaphores, de la poésie en fin (« un homme descend les marches du sommeil et s’aperçoit qu’il pleut [2]») et des longues paragraphes qui font témoin de la durée ou de la vitesse de la parole dans un moment de création si fructueux qu’il n’y aura jamais pareil.
Je reprends l’idée de tout ce qui doit contenir une ouvre littéraire pour devenir un chef d’œuvre, et je conclus que, si elle doit frapper et bouleverser le lecteur, si elle doit rompre leur schémas, lui obliger à se poser des questions et à avoir un rôle actif pendant la lecture, Les champs magnétiques ont devenu une veritable chef d’œuvre pour moi.
Si un jour, Breton et Soupault se proposèrent, dans ses fébriles séances créatrices, de faire une œuvre troublante, mouvante, changeante, fascinante et sans égal, ils y sont arrivés.




[1]  A.BRETON et P.ÉLUARD, Dictionnaire abrégé du Surréalisme, Paris, José Corti, 2005. Page 4.
[2] BRETON ET SOUPAULT, 1968 : 86.

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